« Le 17 octobre ? Je m’attends à ce que tous les Français soient représentés, toute cette France qui est révoltée. » Il faut entendre les mots clairs d’Aïcha. Des mots de colère, d’espoir et de maturité. Invitée jeudi matin au siège de notre journal, avec plusieurs de ses camarades de région parisienne, cette lycéenne de Saint-Denis, mobilisée depuis des semaines, a déjà tout compris de l’enjeu qui guide ce samedi de manifestations. Si le combat lycéen entraîne dans son sillage retraités, travailleurs, agriculteurs et tout le peuple des ronds-points, une étape cruciale de la mobilisation sociale s’ouvrira alors. Un nouveau rapport de force propre à bousculer le débat budgétaire. Et, au-delà, une campagne présidentielle sur laquelle plane le spectre de l’extrême droite et de ses thématiques réactionnaires. Ce mouvement lycéen – véritable génération politique – a déjà changé la donne. Face aux témoignages accablants d’adolescents sans profs et méprisés, le gouvernement ne peut plus dérouler son argumentaire austéritaire avec son indifférence coutumière. Il est comptable de cette décennie de destruction du service public de l’éducation. On doit à cette jeunesse des quartiers, solidaire et courageuse, de l’avoir rendu tangible et flagrante. Mais aussi d’avoir réveillé la perspective d’une convergence des luttes avec les nombreux autres perdants du macronisme, étranglés par la vie chère, les privations et la xénophobie rampante. Soyons-en sûrs, cette dynamique pourrait tout changer. Un puissant mouvement social remettrait au centre du débat les exigences d’égalité, de justice fiscale et d’environnement. Et renverrait dans les poubelles médiatiques tous ceux qui, à longueur d’antenne, jouent de la peur et des divisions – racistes et élitistes – pour mieux imposer leur visée ordolibérale. Gilets jaunes et gilets jeunes ont tout à gagner à unir leurs forces. Pour renverser un destin tout tracé. Et donner un avenir aux mots d’Aïcha. |